Gedichte · Atakora ·

Le Loup et l’Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :

Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un agneau se désaltérait

Dans le courant d’une onde pure.

Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait.

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

Sire, répond l’agneau, que Votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu’elle considère

Que je me vas désaltérant

Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d’elle ;

Et que, par conséquent, en aucune façon

Je ne puis troubler sa boisson.

Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ;

Et je sais que de moi tu médis l’an passé.

Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas né ?

Reprit l’agneau : je tette encor ma mère. —

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. —

Je n’en ai point. — C’est donc quelqu’un des tiens ;

Car vous ne m’épargnez guère,

Vous, vos bergers et vos chiens.

On me l’a dit : il faut que je me venge.

Là-dessus, au fond des forêts

Le loup l’emporte, et puis le mange,

Sans autre forme de procès.

— Jean de La Fontaine

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Quelle: Jean de La Fontaine († 1695) · gemeinfrei · Wikisource