Tshikapa: Histoire
En 1907, sur la terre rouge qui bordent les rivières de la région, un prospecteur de la société Forminière découvrait le premier diamant du Kasaï aux environs de Mai-Munene au sud de Tchikapa. En 1911 une mission de la Forminière recueillit environ 240 pierres précieuses près du confluent du Kasaï et de la rivière Kabambay. L'aire de prospection fut alors étendue et à la fin 1912 la Forminière avait recueilli 2 540 diamants. En 1913 les recherches se poursuivirent en Angola avec succès également.
L'immédiate ruée vers la pierre précieuse devait faire la fortune de Tshikapa. Du coup, l'agriculture a fortement diminué dans la région au profit de la seule activité minière et du commerce des diamants.
À la suite de la libéralisation des activités du diamant autorisant son exploitation artisanale en 1982, la ville a connu une croissance démographique spectaculaire et un boom économique. Elle a vu se développer des dizaines de comptoirs de diamants, dont les deux premiers ouverts furent la Meltax, filiale d'une entreprise zurichoise, et la Britmond, filiale d'une société britannique, toutes deux spécialisées dans le travail du diamant. Encore aujourd'hui, les comptoirs constituent un véritable "marché aux puces" du diamant qui accueillent librement les vendeurs.
Le boom minier s'est prolongé jusque dans les années 2000 pour être stoppé ensuite par la chute du prix du diamant. Le conflit lié à la rébellion de la Kamuina Nsapu débuté en 2016 a entraîné une paralysie du secteur minier et le départ de nombreux opérateurs qui ne sont jamais revenus. Devenue chef-lieu de la nouvelle province en 2015, Tshikapa est aujourd'hui une ville administrative tout en conservant un rôle de pôle d'échanges commerciaux.
Tshikapa n’a pas été épargnée par la grave crise sécuritaire qui a secoué le Grand Kasaï entre 2016 et 2018 avec la rébellion Kamuina Nsapu. La milice est entrée dans la ville début décembre 2016 occasionnant des dizaines de morts et des destructions importantes avant d’être boutée hors de la ville par les FARDC venus en renfort depuis Kinshasa. Au niveau de la seule province du Kasaï, le conflit a engendré quelque 334 000 déplacés internes, dont 250 000 dans la ville même de Tshikapa. Plus de la moitié des personnes interrogées par une ONG dans la province du Kasaï déclarent avoir eu leurs biens détruits pendant l’insurrection.
Le conflit a distendu les liens entre communautés lubaphones et les Pende et Tchokwe de Tshikapa. Il y eut des arrestations dans la communauté lubaphone de la ville soupçonnée de collusion avec la milice à la suite des affrontements de 2016. La milice Bana Mura, à majorité Tshokwe, et l'Ecurie Mbembe, à majorité Pende, ont refusé de rentrer dans un processus DDR manifestant des craintes pour leur sécurité. En revanche, des éléments de la milice de la Kamuina Nsapu ont été réintégrés dans la police via un processus de formation.