Bouaké: Histoire
La savane boisée des Baoulés du XXe siècle, ce "pays baoulé" charnière entre terres arborées de plantations et cultures villageoises, n'a pas toujours existé. De nombreux indices, sans mentionner les mythes de "petits hommes" premiers habitants, témoignent de la présence d'une grande forêt dense et humide.
Ce recul forestier aurait duré des millénaires et explique l'importance cruciale des échanges au nord entre les amonts des fleuves Sénégal et Niger, et la position complètement marginale de la contrée étudiée aux temps des florissantes entités successives (royaume de Ghâna vers l'an mil, l'empire musulman du Mâli vers 1300 et l'empire Songhai vers 1500). Mais il ne faudrait nullement en conclure, du fait de l'ancienne variété des paysages et de l'adaptation des techniques plurimillénaires, à un effacement ou une moindre puissance des groupements ashantis.En dépit d'un premier désenclavement maritime du Golfe de Guinée par les navigateurs portugais, à la fin du XVe siècle (à l'initiative du prince Henri le Navigateur), l'économie régionale, marquée longtemps par des axes fluviaux médiocres et des routes caravanières secondaires, reste invariablement tournée vers l'arrière-pays, apportant du nord le sel et la poudre. Avant le XIXe siècle, l'agglomération initiale devenue Bouaké est une des multiples stations des routes caravanières, alimentant également au Sud un important marché aux esclaves des Portugais dans le cadre du commerce triangulaire.
Dès le début du XVIIIe siècle, les Akans, qu'ils soient Agni ou Baoulé, investissent irrésistiblement le sud-est de l'actuelle Côte d'Ivoire, égrenant royaumes et chefferies vers 1715 au son du grand tam-tam et apportant leurs trois grandes divinités "Firmament, Terre et Ancêtres". Au cours de ce siècle, dans les environs de Bouaké, les derniers villageois sénoufos et mandés (Gouro) sont refoulés par les Baoulés, qui prennent, par leurs rois, artisans et paysans, le contrôle de la région. Les ethnologues ont remarqué la variation des traits caractéristiques des Baoulés migrant vers l'ouest : ils changent insensiblement par un long métissage autant génétique que culturelle. Les forgerons baoulés ne fabriquent pas seulement la lance du guerrier et la hache du bûcheron, ils sont aussi souvent après spécialisation, maître charpentier ou sculpteur, orfèvre expérimenté confectionnant des bijoux en or (plaquettes, épingles à cheveux, petits masques) ou fondeur de métaux précieux pour les échanges monétaires (sombé). Mentionnons l'art subtil de la poterie baoulée, avec les divers récipients à eau type canari ou à cuisson. Les ragoûts, à l'instar du Kédjénou, mijotent toujours dans ces derniers récipients, autrefois aussi en cuveaux sculptés en bois d'iroko, fermés par des feuilles de bananiers ou de palme.
Les masques sculptés par ces artisans polyvalents, sont généralement en bois dur, ornés de pigments naturels et décorés par des tissus, des coquillages, des plumes, de fleurs et autres éléments colorés. Ils restent souvent associés à un type de cérémonie ou même à une occasion rituelle précise, et gardent une grande importance dans la culture et la religion baoulées. Ces pièces souvent uniques, en termes de design ou de détails, et non en termes d'intercession avec les ancêtres et les esprits, sont souvent considérées aujourd'hui comme des œuvres d'art à part entière. …